Thursday, April 9, 2015

Anne Hébert -- Une petite morte


Une petite morte

Une petite morte
s'est couchée en travers de la porte.

Nous l'avons trouvée un matin, abattue sur notre seuil
Comme un arbre de fougère plein de gel.

Nous n'osons plus sortir depuis qu'elle est là
C'est une enfant blanche dans ses jupes mousseuses
D'où rayonne une étrange nuit laiteuse.

Nous nous efforçons de vivre à l'intérieur
Sans faire de bruit
Balayer la chambre
Et ranger l'ennui
Laisser les gestes se balancer tout seuls
Au bout d'un fil invisible
À même nos veines ouvertes.

Nous menons une vie si minuscule et tranquille
Que pas un de nos mouvements lents
Ne dépasse l'envers de ce miroir limpide
Où cette sœur que nous avons
Se baigne bleue sous la lune
Tandis que croît son odeur capiteuse.



A Dead Girl

A little corpse-girl
Lay down across the door

We found her one morning, stricken on our threshold
Like a fern-tree rigid with frost

We don't dare go out since she is there
This white child in her foamy skirts
From which a strange, milky night shines

We try hard to live inside
Making no noise
Sweeping the room
And tidying our boredom
Letting gestures swing by themselves
At the end of an invisible thread
Or even from our open veins

We lead a life so tiny and calm
That not one of our slow movements
Crosses to the other side of that limpid mirror
Where this sister of ours
Bathes blue under the moon
While her heady odor grows and grows


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